Sylvain Lagarde Photographie

Les "images en mots" ont été autant de visions qui ont du s'imprimer sur la table fragile de la mémoire à un moment où il n'y avait de support concret pour en conserver une trace. Elles ont été autant de visions que la mémoire a tenté de retenir par le biais de mots : mais elles ne sont maintenant plus que des extrapolations, des spéculations qui se sont développées pour finir par détruire le souvenir et se substituer à ce qui avait accroché le regard il y a bien longtemps.

Quelques écrits nés du regret ; des écrits en quête d'un visuel perdu... en attendant mieux...

Quelques écrits obscurs, abscons...

Quelques écrits proposés les uns à la suite des autres, phrases étalées, images alignées... Succession étrange au rythme de la mémoire.

Que chacun y mette l'image qu'il veut... Que chacun voit si les mots réussissent à parler...

Le kiosque du souvenir s'est enflammé et consumé dans les rêves odieux.
La stèle fière a trompé les siècles.
Le kiosque du souvenir s'est effondré en rides de cendres.
Dévoyer le monolithe de la mémoire indifférente.

La béance lave sa profondeur sourde.
Des siècles ont passé sur le granit de l'auréole,
Et le contour vaillant tranche toujours
L'abîme.
La  pente ouvre le regard inquiet
Sur le miroir de la nuit que jamais rien ne dérange :
La traversée inexorable du temps s'efface dans la solennité.
Au rebord de l'insurmontable gouffre.
Ils tissent leurs branches grises
Comme pour combler l'antre du vide désespéré.
Les éventails absorbent l'haleine froide
Du ciel prisonnier de la terre.
Un cri frêle fait résonner la nature.
L'Homme est absent.

Ils offrent, au monde soeur, un visage.
Les sueurs fuyantes courent par les gestes.
Seuls, les yeux à demi-clos, encore, s'échappent de la délivrance interdite.
Là où des mains battent les chaînes tendues par l'orgueil, l'air se déchire, s'ouvre, s'écartèle
Dans une prière de pénombre
De futilité en offrande.
Aïeux qui s'émeuvent dans l'authenticité de l'appel.
Ils redeviennent hommes,
ils redeviennent souffrance...

Là, le geyser de pyrite s'accroche aux potences de l'espace ;
Ici, le bois des mares figées attend le pas indien.
Sous la banquise livide
se remuent les affres échaudées.
Les entrailles semblent se gonfler pour s'affranchir,
Impuissantes,
Artères dilatées par l'agitation sobre de la terre.
La poussière, mépris des siècles solitaires,
Se joue d'une glissade, enveloppée par le vent
Comme pour étaler aux lèvres grises du sommet ses goûts de désert.
La terre de l'en-bas est oubliée.
Il n'y a que les accents amers de la désolation.
Les stigmates de l'arc aveugle affûtent fièrement
les messages torturés d'une culture,
carnaval constellé.

Trou d'homme...
Rails de l'épuisement...
Espoir de se rire un lendemain.
Orchestrations arrachées...
Les coeurs tombent dans la rivière sauvage qui tapisse les murs.
C'est un univers de miettes qui vacille.
La peur agite les corps suspendus à la cheminée du désir,
où l'astre irradie vainement la pesanteur.
La descente nourrit la minéralité de la fragilité des vies :
elles s'effacent sur le tableau noir de la craie.
Les ornières les emportent comme des réminiscences.

Le balancement de l'enfant suspendu
déjoue les armes de la tristesse dans un babil inédit et rédempteur.
Derrière l'icône rassurante des ébats,
Le temps des hommes,
La courbure de l'esprit dénude :
L'enfant s'agrippe, s'accroche, s'écorche au grillage du sang coupant d'une couleur.
Il est ce bloc de chair noire.
Que faire... ?
En l'heure gémissante, il vole le silence d'une pelouse lointaine
Où les taches blanches roulent et se salissent.
Ses mains scellent l'incompréhension à la frontière de fer vieilli ;
Les entrailles abreuvent le tonneau de l'inégalité.

Madeleine figée qui présage un reflet fondu...
L'oeil brille,
noir de ce couloir qu'il creuse,
en lui-même,
d'une plume qui poursuit,
avide,
le tableau craquelé qui s'éternise.
La peine capitale déposée sous une main qui pense le destin se réunit aux lèvres de la veilleuse :
la confusion froide crie l'image du remords ; elle est belle.

Les gants des peaux fanées accueillent, sans pénitence, la chair des manques.
Désespérantes précautions de l'âme du scandale,
les doigts asséchés
par delà la barrière de honte...
Riens d'enfance, hères, ramassés dans l'apitoiement...
Les pupilles du tunnel encombrant de la charité déchargent l'absence, l'insondable ignorance;
ils ne savent même plus l'eau sacrée...

Le délice hautain d'un galbe s'attarde, livide sur la flanelle, ferme toi...
Une perle de sang trempe
la saveur froissée.
Elle s'éloigne, blanche.
L'autre dort de jalousie, vide.
L'odeur lointaine, insensible souvenir de pulpe nacre l'inadvertance...
Ferme toi...
Eclipse...

Les cloches de la muraille
de Chine et d'ailleurs
s'effeuillent
dans la nuit qui allonge mon corps ridé sur la fronde.
De vive voix.
Quand le panier de lumière grave les rangs de vignes veloutées où se noient les mourrants de l'automne,
ils s'agenouillent dans les monastères de l'ennui :
les ébats d'origine.
Le fouet maquille les bouches isolées avant qu'elles s'endorment
vendues.
Abandon du Nord.

La lêpre du voyage balance sur les eaux tranquilles des filles abandonnées.
La lumière des crues attend l'opprobre de l'homme détaché,
regret dans le ciel.
Elles s'avancent les ombres de défiance, pour se fondre dans la lie de l'ennui,
tirer le cercle de l'arrêt.
Le fond diffuse.
Les mères déploient leurs orphelines
et les enseignes tremblantes des manques s'apaisent,
de chair.